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Fabriquer de l’encens français

mardi 23 juin 2009, par jeanmi

Il existe deux catégories d’encens : les combustibles et les non-combustibles. Les premiers, les encens combustibles, sont les plus connus. On les rencontre sous la forme de bâtonnets, de plaques, de cônes ou de papier parfumé. En général, ils proviennent de l’Orient et sont les plus populaires. Les encens non combustibles n’ont aucune forme particulière et s’utilisent directement sur des charbons ardents, soit en poudre, soit en pâte. Ces derniers ne requièrent ni salpêtre ni aucun des produits toxiques qu’on rencontre chez les encens combustibles. De nombreuses cultures traditionnelles, surtout sur notre continent américain, utilisent les encens non-combustibles, tout comme l’église catholique.

Les investigations réalisées par le CREAF ont concerné les deux classes d’encens. Nous avons tenté de substituer les ingrédients toxiques des encens combustibles par d’autres éléments moins nocifs pour la santé. Ainsi, par exemple, au lieu d’utiliser du salpêtre (potassium de nitrate), nous avons réalisé des expériences avec des substituts tels que les polypores, les lycopodes et autres végétaux. Egalement, au lieu d’utiliser de la gomme arabique pour aglutiner les ingrédients, nous expérimentons avec des gommes et des résines de conifères locaux (pins, épinette, sapin, mélèze). Les résultats obtenus ont été positifs, mais la recherche doit se poursuivre pour obtenir un produit à 100 % satisfaisant.

Les ingrédients utilisés pour fabriquer des encens peuvent être obtenus à partir des plantes et des arbres de nos forêts, sans besoin de recourir à des matériaux exotiques tels que la myhrre, le tragacanthe, le benzol, le patchouli, etc. qui sont coûteux et difficiles à trouver, surtout en région, comme c’est notre cas.

Quels ingrédients alors pourrions-nous utiliser pour faire des encens ? À vrai dire, presque tous les arbres et toutes les plantes qui dégagent une senteur agréable. Le bois, l’écorce, les feuilles, les fleurs, les fruits... Ainsi commence notre cueillette, avant l’expérimentation elle-même.

Les encens combustibles du CREAF

Commençons par l’ingrédient de base, le corps de l’encens, qui est de bois ou de charbon réduit à l’état de poudre. Le bois de santale est le plus utilisé en Orient, mais nous pouvons également utiliser le bois de cèdre, de saule, de pommier, de genèvrier, de pins blanc et rouge. Quant au charbon, il peut être obtenu des résidus d’un feu de bois, ou bien être acheté (charbon pour les grillades ou les barbecues).

Un morceau de bois sec se réduit ensuite en petits morceaux, puis ceux-ci sont moulus dans un mortier ou avec un moulin à café. Si l’on ne dispose pas de ces ustensiles, on peut facilement se faire un mortier avec une pierre plate et une autre ronde, de la taille d’une orange ou d’un pamplemousse, pierre qui sera fendue en deux.

Après avoir obtenu la base, vient la substance aromatique, qui se réduit elle aussi en poudre, et se mélange avec la base mentionnée. La substance aromatique peut provenir d’une variété d’ingrédients culinaires : clous de girofle, cannelle, romarin ou autres épices. On peut aussi la rencontrer dans nos forêts : rose sauvage, achillée-millefeuille, verge d’or, etc. En réalité, l’arôme peut varier selon le goût de chacun ou selon l’utilisation que l’on souhaite donner à l’encens. Il est aussi possible d’utiliser des arômes combinés ou encore, d’ajouter au mélange quelques gouttes d’huiles essentielles ou d’un parfum quelquonque.

L’ingrédient suivant qui entre dans cette composition est la matière aglutinante, la gomme qui unira et soutiendra l’encens dans sa forme définitive (cône, tablette, etc). Au lieu de gomme arabique, la résine de pin, sèche et réduite en poudre, convient parfaitement. Selon le type de conifère employé, la fumée sera plus ou moins dense, ce qui peut nuire au produit final. Nous effectuons actuellement des recherches sur l’utilisation de la sève d’érable et de l’eau de bouleau.

Le salpêtre, qui est utilisé pour que la combustion soit continue, nous l’avons éliminé en raison de sa toxicité et, comme nous l’avons mentionné au début de ce chapitre, nous expérimentons actuellement avec des polypores (de Schweinitz, cinnabarinus), et avec le lycopode clavatum et le faux amadouvier. Il semble qu’il y ait plusieurs façons de réduire le recours au salpêtre.

Ensuite, tous les ingrédients secs se mélangent, sont moulus à nouveau, puis les liquides leur sont incorporés (huile, parfum, résine). On forme ensuite une pâte à laquelle on donne la silhouette que l’on veut, on la met à sécher sur une surface non absorbante, sans oublier de la retourner deux ou trois fois par jour, pour qu’elle sèche bien de tous côtés, et qu’elle ne se casse ou ne se fissure pas. Une fois sec, l’encens obtenu est emballé prudemment, et conservé dans un récipient hermétique.

Il existe une diversité infine de recettes et de variantes pour faire des encens combustibles. En réalité, la recette idéale n’existe pas. Le goût personnel, la destination finale de son usage, les ingrédients disponibles, sont autant d’éléments qui déterminent la constitution d’un encens. Il n’y a que l’expérimentation, et encore l’expérimentation, qui donne le résultat désiré.

Les encens non combustibles

Ces encens s’utilisent dans des encensoirs. Une manière facile de s’en fabriquer un, en utilisant n’importe quel bol, résistant à la chaleur, consiste à le remplir de sable ou de sel, puis à y placer des charbons ardents qui recevront la poudre d’encens. Ce type d’encensoir - mais généralement sous une forme plus sophistiquée - est utilisé lors de cérémonies, de rituels, de fumigations et de curations à base de fumée. Nous en présentons ici quelques exemples mexicains. Quant aux ingrédients, ils sont illimités. Mais certaines règles doivent être observées. Bien qu’il ne soit pas absolument pas nécessaire de réduire l’encens en poudre, le résultat sera meilleur si celui-ci est moulu, particulièrement si l’on expérimente avec plusieurs ingrédients différents. De cette manière, la fragrance sera plus uniforme, et l’on évitera les bouffées de parfum trop dense pouvant incommoder. Ne jamais exagérer la quantité d’huile ou de parfum, non plus que la quantité de gomme ou de résine. Tous les ingrédients destinés à être mélangés doivent être conservés à l’ombre et à l’abri.

Actuellement, le CREAF continue ses expérimentations...

Voir en ligne : Le site du creaf

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